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La colère, l'émotion qu'on laisse de coté ?

Cet été nous sommes nombreux à expérimenter la colère. Elle frémit, tapie dans nos tripes, elle cherche à s'exprimer mais est le plus souvent réprimée.

Dans mon expérience personnelle des dernières semaines, cela m'a pas mal questionné. Si je peux ouvrir la porte à de la colère (timidement, car je suis pas à l'aise avec la colère), j'ai eu du mal à me saisir du moment : pourquoi maintenant? J'ai la sensation d'avoir éclairé pas mal de choses, les vacances approchent, je suis plutôt fière et dans la gratitude face à tout ce que cette année m'a apporté, alors pourquoi maintenant?


Et, bien justement! Allons le lui demander!


Je réalise que je me suis contrainte à beaucoup de choses cette année. Tenir, contenir, aller de l'avant ont été les guides de cette année sans que je ne le décide pleinement. J'ai appris beaucoup sur moi et les choses auxquelles je dois être attentive pour rester dans l'équilibre. Mais je me suis laissée entraînée dans un mouvement dans lequel je ne me suis pas autorisée de latitude, au contraire, j'ai comblé bon nombre d'interstices. Et là, la coque s'effrite, et, dans son mouvement, elle laisse poindre de la douleur physique. La douleur physique est devenue aujourd'hui un signe manifeste de ce que je ne me suis pas respectée quelque part. La zone de la douleur m'apporte d'autres informations. Etant plus rarement malade ces dernières années (signe que je suis plus alignée), il n'en reste pas moins que je continue à somatiser mes conflits émotionnels. Et celui-ci m'oriente vers la colère.


J'ai du mal avec cette émotion. Elle me semble loin de ce que je suis, je ne la maîtrise pas, ses contours sont flous, elle pointe le bout de son nez à des endroits où je ne souhaiterais voir qu'harmonie et sérénité. Mais la douleur physique a été telle qu'il ne m'est pas possible de l'ignorer. Ok, alors allons-y! La colère est là, elle se glisse dans les choses les plus anodines m'obligeant à remonter à son/ses origines, car, plus je tente de la lisser, plus elle s'insinue partout, dévorant progressivement chaque parcelle du quotidien. La solution? Y faire face.


Plusieurs jours ont été nécessaires pour remonter sa piste. Tel un Indiana Jones des émotions j'ai sorti la lampe de poche et j'ai plongé en moi. Il a fallu creuser. Et la réponse n'a pas été plaisante. Elle me ramène à ces points existentiels travaillés et retravaillés... Peste! Cela a encore un peu plus alimenté la douleur et la colère. Pendant un temps j'ai eu la sensation de tout perdre. Ai-je vraiment avancé ou ne suis-je tout simplement pas en train de me berner? Ai-je vraiment changé ou suis-je un peu plus dans une "autre imposture"? Je vous passe les détails du gouffre à explorer. Sauf que mon Indiana Jones intérieur, mon cœur, a appris beaucoup de choses. Et, sous les faux airs d'effondrement il y a une sécurité. Un socle sûr qui me permet justement d'aller plus en profondeur de ces blessures existentielles. Le but n'est d'ailleurs pas de les faire disparaître. Il s'agit d'apprendre à les aimer encore plus fort. J'ai encore du boulot et je me pare de ma réserve de sparadraps d'amour et j'y vais.


La colère est une émotion qui peut venir dans les frustrations du quotidien ou lors d'évènements plus marquants, mais à dans chacune de ses manifestations elle s'avère un excellent enseignant. Elle nous parle de nous, de notre manière d'être au monde, elle parle de notre engagement vis-à-vis de nous-même. Elle nous révèle aussi notre manière de communiquer, a-t-on réellement communiqué ce qui nous tenait à cœur? Nous sommes-nous respectés? La colère exprimée sur autrui lève aussi le voile sur un miroir de ce que nous avons du mal à reconnaître en nous. Et nous y voilà, dans tous ces nœuds il nous est proposé de, patiemment et avec bienveillance, voir en nous ce qui nous a mis en défaut. Et parfois l'exercice est répété. Mais même dans sa répétition on peut y voir une progression. Comme les poupées russes, les différentes couches sont de taille différente, et on sent à chaque poupée ouverte qu'on se rapproche un peu plus d'une libération plus durable. Libération de l'émotion, la blessure existentielle sera quant à elle moins contrainte, se trouvant mieux enveloppée d'amour, elle aura moins besoin de s'exprimer avec fracas.


Après cette exploration et avoir trouvé le nid de vieilles colères engrammées, bouchant le passage, obstruant la circulation fluide de mes énergies, que faire? Allez crier dans les bois? Briser de la vaisselle? Me défouler avec des gants de boxe? Rien de tout ça ne me parle vraiment. Je suis là avec ce paquet de colère mais comment la libérer? Méditer? Ca n'a pas marché, me disputer non plus, cela n'a fait qu'ajouter une sorte de culpabilité. Me laisser aller? Ok, laisser un temps de repos. Mise sous certificat médical, j'ai pris ce moment de repos forcé. Mais aucune envie de marcher en forêt, pourtant c'est un de mes remèdes favoris. Et bien non, j'ai décidé de glander avec cette colère, j'ai passé du temps avec elle. Et j'ai eu envie de dessiner. Les pistes se sont doucement proposées à moi. D'ailleurs, si on prend le temps d'écouter, les solutions se présentent spontanément. Pour cela, il a fallu que je lutte contre mon envie de contrôler, de construire rapidement une réponse efficace. Au lieu de ça j'ai fait des choses que je ne m'autorise pas à faire habituellement, j'ai dérouté mes routines et j'ai accepté tout cet inconfort.


Il n'y a pas de réponse univoque pour libérer une émotion, il n'y a pas de solution toute faite. C'est en apprenant à écouter nos corps que nous parvenons à en déchiffrer la partition, et nos harmonies intérieures se révèlent au fur et à mesure de nos décodages. Ces vieux parchemins sont placés en nous et nous en ignorons souvent l'existence. Et que dire de l'apprentissage de leur décodage quand nous les trouvons!


Pour ma part, c'est un moment d'écriture, de dessin et de couleurs qui est venu en réponse. Et cela par un exercice qui m'a déjà aidé auparavant dans un autre contexte. J'ai utilisé un carré de papier dans lequel j'ai inscris mes émotions. Ici c'est la colère. Toutes mes phrases ont commencé par "je suis en colère de..." et j'ai écrit des dizaines de phrases dans ce carré de papier. Les mots ont fini par se mêler un peu, j'ai ri en me voyant écrire des phrases qui prenait des contours un peu grotesques à les voir plaqués, là, sur le papier. Les montagnes que j'avais en moi se retrouvent être de minuscules tas de sable une fois exposés au grand jour. Ensuite je les ai badigeonné de rouge et d'orange. Et j'ai ensuite créé un autre dessin avec les réponses que je souhaitais apporter. J'ai collé ce papier pour en recouvrir mes colères. Par ces gestes je sens que j'ai transformé ces émotions. Peut-être en reste-t-il à libérer, sûrement même, mais cela me satisfait pour aujourd'hui. La douleur et le brouillard mental se dissipent enfin me permettant de retrouver doucement mes envies de mouvement, de nature et de joie.


Et vous? Avez-vous des expériences à partager? Est-ce que la libération de certaines émotions vous bloque? N'hésitez pas à partager vos expériences, c'est aussi par le partage que nous progressons. Quelles sont vos astuces pour faire face à la colère?



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